La Tunisie à l'honneur

La fédération tunisienne souhaite, par l'entremise du Festival, améliorer son image auprès du public de plongeurs.

Une fois passé le hall d'entrée du Festival, un immense espace d'une soixantaine de mètres carrés est réservé à la Tunisie, pays invité d'honneur de la 29e édition. Des murs blancs, des encognures de fenêtres bordées de bleu, rappellent le village qui domine la baie de Tunis, Sidi Bou-Saïd.
Dans un coin, une télévision diffuse des images sous-marines et terrestres. Une dizaine de personnes sont présentes sur le stand: la compagnie d'aviation Tunisair, l'office du tourisme, Ali Krairi, un artisan mosaïste du musée du Bardo, et qui, en tenue locale, fait partager son art...

 

Hassan Baccouche, le nouveau président de la FAST, la fédération tunisienne des activités subaquatiques,
représente l'univers plongée.
"La tradition de plongée est très ancienne, raconte-t-il. Au début du siècle, dans le sud, à Zarzis, les plongeurs d'éponges se laissaient couler, bras croisés, avec un narghilé. La cueillette de corail rouge s'est développée au nord. Maintenant, il n'en reste plus qu'à des profondeurs insondables et inaccessibles au plongeur lambda. Pour y parvenir, il faut descendre au-delà de 80 mètres, plonger avec des mélanges. Ce sont des professionnels qui pratiquent ces extractions, avec des bateaux spéciaux, équipés de caissons de décompression."
Aujourd'hui, ces comportements ne sont plus de mise en Méditerranée. En Tunisie comme ailleurs, la razzia sur le corail rouge est réglementée. "Autrefois, poursuit-il, Tabarka était surnommée "La Cité de corail", mais il n'y en a presque plus... Nous sommes conscients que le corail met dix ans à repousser... et la fédération est extrêmement sensible à ces problèmes."

 

PROTECTION

La FAST a passé un accord avec l'INSTM, l'institut national des sciences et technologies de la mer. Les 27 clubs de Tunisie, mais surtout les 12 plus importants du pays, sont liés à la fédération par contrat. Tous les plongeurs tunisiens, premiers témoins de l'état de la mer, sont mis à contribution sur trois thèmes: la bio-diversité, les champs de posidonies, la taxifolia. "On essaie de suivre l'évolution des populations de mérous, précise Monsieur Baccouche. On regarde aussi l'état des posidonies, on repère les maladies et on avertit l'INSTM. Notre rôle est de surveiller, le leur d'agir. Nous mettons aussi en place des expéditions pour voir ce qui se passe dans les régions éloignées. L'état de notre littoral est celui que vous connaissiez sur les côtes françaises il y a 25 ans."
Pour les plongeurs attirés par les rivages de son pays, il distingue trois catégories de sites: des rochers au nord et nord-est, des champs de posidonies au centre et à l'est, des rochers de nouveau au sud et sud est.

Le pays est aussi réputé pour ses épaves. De nombreux bateaux datent de l'époque gallo-romaine, lorsque Carthage (aujourd'hui Tunis) commerçait avec Rome. Mais malheureusement (pour nous) et heureusement (pour elles), ces épaves sont étroitement surveillées par les autorités gouvernementales et restent interdites d'accès.
D'autres sont visitables, comme celle d'un cargo coulé pendant la seconde guerre mondiale, qui conserve en son sein des tanks encore en parfait état.
"Nous allons passer un accord avec Longitude 181 et François Sarano pour que nos plongeurs soient encore plus sensibilisés à l'environnement, insiste Monisieur Baccouche. On essaie aussi de briser le conservatisme stupide qui laisse à penser que la plongée est un sport uniquement réservé aux femmes (NDLR: 10% de femmes sur 1000 licenciées)."

Pour lui, venir à Antibes, est un moyen unique de valoriser son pays. Pour qu'on sache que le tourisme-tournedos (se retourner comme une crêpe sur une plage toute la journée) a évolué: "Nous proposons d'autres choix, conlut-il. Du golf, de la thalasso, et bien sûr de la plongée. Antibes va nous permettre de nous positionner sur ce marché et de faire évoluer les mentalités!"

Martine CARRET