Des requins palmés d'or


La Palme d'or, ou prix du président de la République, a été décernée à Peter Basset et Michael Bright, pour un film de 59 minutes intitulé "Shark Battlefield".

On aime. Ou on aime pas. Ce documentaire de la BBC Natural History Unit tourné, entre autres en Polynésie française et en Australie (Heron et Orpheus Islands) intègre de nombreuses images de synthèse pour présenter les requins et leur techniques de chasse, d'une manière jamais vue jusqu'à présent. Certains spectateurs ont apprécié, d'autres moins.
Le scénario a été construit autour d'une femelle requin-tigre, enceinte de 40 petits et qui part en chasse. Sur l'écran, l'obscurité est totale. Les auteurs expliquent que c'est ce que le requin voit: c'est à dire rien du tout!
Par contre, des images de synthèse visualisent la bulle fictive qui l'entoure et qui représente son champ de sensibilité olfactive et sensorielle. Le requin se déplace grâce à ces repères, sasn toucher quoi que ce soit. Il passe à travers le récif corallien avec une précision diabolique.
Les poissons laissent aussi dans leur sillage des traces odorantes. Les auteurs les symbolisent par des couleurs, montrant ainsi qu'un mérou qui se meut est "visible" de manière olfactive.
Les requins à pointe blanche de lagon (triaenodon obesus) pourchassent soudain, en meute, le pauvre mérou qui cherche désespérement une cachette. La caméra, glissée dans un trou, laisse apercevoir leur museau effilé et inquisiteur.
Au large, le requin-tigre rôde toujours. On assiste ensuite à deux scènes particulièrement intéressantes: la mise bas d'un requin citron et la traque d'un requin marteau sur des raies pastenagues.
Là encore, la technique d'imagerie de synthèse permet de visualiser cette chasse. Tapies dans le sable du lagon, les raies se cachent, mais le requin marteau, méthodique, fouille le fond et finit par dénicher la raie, qui est disloquée rapidement en quelques coups de dents rageurs. Mais le requin marteau ne profite guère de sa proie. Attirée par l'odeur, la femme requin tigre apparaît. Sa taille et sa grosseur, plus imposante que le marteau, font comprendre à celui-ci que sa place n'est plus ici.
La technique moderne sert ce film en insistant sur le côté informatif et didactique du comportement des requins. Mais les auteurs concluent sur un constat réaliste: malgré tout leur savoir-faire, malgré tout le matériel sophistiqué dont ils disposent, nul n'a jamais été en mesure de filmer la mise bas d'une femelle requin tigre. Où va-t-elle, à quelle profondeur donne-t-elle naissance à ses petits? Personne ne le sait. Le mystère sera-t-il levé dans des futures éditions du Festival?

Martine CARRET

www.bbc.co.uk/nature