Ocean Men
Le film présenté au festival d’Antibes rapproche la vie des deux champions très médiatiques d’apnée, Pipin Ferreras et Umberto Pelizzari.
Reprenant le thème du film diffusé à la Géode, le cinéma hémisphérique
de la Cité des Sciences à Paris, cette édition allongée d’Ocean
Men présente les destins parallèles d’Umberto Pelizzari et Francisco Pipin
Ferreras. Petit à petit, la divergence de point de vue des deux hommes les fera
passer d’une amitié bonhomme à la compétition intense, extrême, jusqu’à se brouiller
définitivement.
Alors que Pipin, cubain d’origine, plongeait pour nourrir les siens, Umberto
s’immergeait avec ses amis pour le seul plaisir partagé d’être dans l’eau. Quand
Pipin s’entraîne à Miami (il a obtenu la nationalité américaine) à grands coups
de musculation et de séance quotidienne d’apnée, Pelizzari cherche dans l’introspection
le moyen d’aller plus loin. L’italien va apprendre à mieux respirer avec des
moines Shao-Lin, au fin fond de la Chine, chercher à mieux comprendre les ‘Ana’,
ces plongeuses japonaises qui recueillent les richesses du fond durant six heures
par jour, à raison d’une vingtaine d’apnées par heure. Pipin, de son côté, se
concentre, travaille et se détend, épaulé dans toutes ces phases par sa femme
Audrey Mestre Pipin. Les deux hommes, chacun à leur façon, se préparent à aller
chercher la petite plaquette sur laquelle est inscrite laconiquement la profondeur
atteinte… -163 mètres.
Le rythme du film s’accélère jusqu’au grand jour pour Pipin, qui va remonter
trop vite et sombrera dans une syncope le disqualifiant. C’est ainsi. Pour cette
fois, serait-on tenté de dire, car les records de profondeurs tombent régulièrement.
Et Pipin tentera à nouveau de défier le bleu dans les eaux mexicaines de Cozumel,
un peu plus tard. La fin du film laisse de côté la compétition pour ne faire
ressortir que la différence de philosophie des deux hommes.
L’Américain estime que la seule limite est le fond de l’océan, tandis que l’Italien
affirme que le but ultime, c’est de nager librement et en toute aisance avec
les dauphins. Le point de vue final est peut-être un peu trop manichéen, trop
tranché, mais le film réussit à nous donner, malgré les apnées répétées, un
grand bol d’air.
Yann Saint-Yves
Gardons en mémoire que cette discipline ne pardonne pas l’erreur, quel qu’en soit l’auteur. Quand on a trois Arc-de-Triomphe d’eau au-dessus de sa tête, le moindre accroc est fatal. En octobre 2002, Audrey Mestre Ferreras nous a quittés lors d’une descente à plus de cent soixante mètres de fond, juste à cause de l’une de ces erreurs. Souhaitons que sa disparition tragique ne soit pas inutile à tous les amoureux de l’eau, et qu’ils aient une pensée pour elle avant de s’immerger.