L’histoire de Jacques Mayol
-Entretien avec Patrick Mouton-


Habitué du festival d’Antibes, Patrick Mouton termine actuellement une biographie de Jacques Mayol. Il a également animé le vibrant hommage rendu à l’Homo Delphinus qui s’est déroulé pendant ce vingt-neuvième festival de l’image sous-marine.

« Cette biographie est le livre qu’il m’a été le plus difficile d’écrire », entame Patrick Mouton. « Sa vie est un parcours du combattant, comme touts les grands personnages, il a autant été adulé que controversé». Jacques Mayol est né à Shanghaï, le 1er avril 1927. Il a voué très tôt un véritable culte à Jack London et cherchera à calquer bon nombre de ses récits d’aventures, en particulier « Martin Eden », considéré comme une autobiographie de London. La découverte de la mer s’est faite dès son plus jeune âge. Il commence par plonger avec les pêcheuses japonaises, les ‘Ana’, quand ses parents partent au Japon avec lui et son frère, Pierre.


Jaques Mayol et Sergio Cechet

La guerre de 1939-45 débute alors que la famille Mayol s’est installée à Marseille. Jacques découvre la plongée dans les calanques, ce qui lui permet d’apporter régulièrement du poisson à la table familiale, en cette période peu faste. Il migre ensuite au Canada où il devient reporter pour la radio, et découvre lors d’un des ces reportages, un dauphin femelle (de la famille des Tursiops Truncatus) nommé Clown, au Seaquarium de Miami. Il s’opère alors une alchimie particulière entre les deux êtres qui se lient d’une indéfectible amitié. Au début des années 60, il part vivre à Caicos, aux Bahamas, où il impose très vite un style de pêche à la langouste très spécial, avec un crochet. La méthode est encore pratiquée aujourd’hui !

En 1966, un cinéaste italien, Victor de Sanctis, lui parle d’apnée profonde, de descente… Jacques se prend à ce jeu et signe une descente à soixante mètres, un jeu qu’il poursuit jusqu’en 1976, où il retire la carte des ­70 mètres, au Japon. Il quitte la compétition et commence à s’intéresser à la physiologie de l’apnéiste. Il s’installe pour cela à l’île d’Elbe vers 1978, et se livre à de nombreuses expériences avec l’équipe du professeur Data, de l’université de Chieti (Italie). Il est alors le plongeur privilégié du Club Corsaro, dirigé par Alfredo Guglielmi.

Jacques rencontre une sirène à l’aquaticité étonnante, en 1983 : Angela Bandini sera dès lors de tous ses voyages. Avec lui, elle ira au Pérou, au Japon… jusqu’à le rendre dingue quand elle atteint, en 1989, la profondeur de ­107 mètres. Jacques est ­bien, qu’il s’en défende- touché dans son orgueil…

La fin des années 80 voit un Mayol plus mystique, plus philosophe. Il s’intéresse aux origines marines de l’homme et est persuadé de pouvoir retrouver une partie des réflexes aquatiques enfouis dans la mémoire de l’espèce, dans la mémoire des gênes. Il lance des programmes de bébés nageurs et d’accouchement dans l’eau.

Il revient en 1994 au contact avec les dauphins et effectue une apnée, tracté par eux dans les eaux limpides de Caicos. Tenus par leur nageoires dorsales, deux Tursiops (nommés Bimini et Stripe) emmènent Jacques ­juste équipé de palmes et d’un masque- à 45mètres de fond. Jacques Mayol entame ensuite une longue dépression. « Il n’attendait plus rien de la vie, je suis sûr que c’est cela… », soupire Patrick Mouton. Et Jacques nous a quittés, parce qu’il l’avait décidé ainsi, dans la nuit du 22 au 23 décembre 2001. Une nuit très bleue qui n’avait pas de fond.

Yann SAINT-YVES