La passion selon Saint Isy


Un hommage spécial a été rendu à un pionnier de la plongée: Marcel Isy-Schwart, 85 ans, dont 60 dédiés au monde sous-marin.

L'homme au collier en dents de singe ne peut pas faire un pas dans les allées du Palais des Congrès sans être salué, de droite à gauche. Au grand dam de ses interlocuteurs, il est sans cesse hélé et les conversations avec lui sont difficiles à soutenir. Cette année, Daniel Mercier l'avait nommé invité d'honneur et le samedi 2 octobre a été l'occasion rendre un hommage tout particulier à Marcel Isy-Schwart.
Sur la scène, il est aussi à l'aise qu'un célèbre présentateur du journal de 20 heures. Il a l'habitude de parler dans un micro et cela s'entend. Il a l'habitude du public et cela se voit. Maintenir l'attention de son auditoire ne lui pose aucun problème. Il a tellement d'anecdotes à fournir!
"Je ne sais pas par où commencer, attaque-t-il d'emblée. J'étais un cancre à l'école et le seul diplôme que j'ai jamais réussir à obtenir, c'est mon permis de conduire."

C'est la guerre qui va décider de l'orientation de sa vie. Au hasard de ses pérégrinations, pour échapper à la Gestapo et notamment à un officier qu'il a rossé à Paris, il s'est installé dans le sud de la France. Un fusil de chasse, reçu comme cadeau d'anniversaire pour ses 25 ans va lui permettre de découvrir le milieu sous-marin. Il chasse, il pêche, il se nourrit. Et un jour, il attrape un mérou de 80 kilos. Là encore, les circonstances vont se charger d'orienter sa vie. Un milliardaire Brésilien, qui l'a vu en photo dans un journal, lui propose de venir s'entraîner dans son pays "où il y a des poissons grands comme ça!!!"
L'homme n'est pas Marseillais, mais Carioca. Isy-Schwart brise sa tireline et se débrouille pour aller voir sous l'eau sont si les poissons sont aussi "gros que cela"....
Le 1er juillet 1951, il pêche dans la baie de Rio un mérou qui lui a demandé cinq heures de difficiles négociations aquatiques. L'animal pèse 178 kg. Le record du monde est battu et homologué et Isy-Schwart fait la "une" d'un grand hebdomadaire parisien à grand tirage. Il peut réaliser son rêve: "Passer un film salle Pleyel, comme les grands explorateurs de l'époque, Tazieff, Bombard"... Il se rend également en Amazonie, là aussi pour combler un rêve d'enfant "aller voir les Indiens dans les tribus amazones". Il séjournera à 29 reprises au Brésil, visitant les Indiens du Haut-Xingu et produisant le premier film sur la tribu des Txucuhamaës et sur leur chef Raoni, qui lui offrira un collier en dents de singe, qu'il porte encore à ce jour autour de son cou.

Beautés du monde

Conférencier pour le circuit "Connaissances du Monde", Marcel Isy-Schwart est aussi fondateur du club des Chasseurs Sous-Marins de France, membre de la société des Gens de Lettres et de la Société française des ex-recormdan du monde de chasse sous-marine. Toutes sa vie, il tournera des films dans des pays de rêve et les diffusera dans le circuit des cinémas, où il animera des conférences, restant proche du public.
Après le Brésil, la découverte de la Polynésie française va encore bouleverser sa vie. Il s'y rendra 26 fois, s'émerveillant toujours et encore des bouquets de fleurs odorantes qu'on trouve là-bas.
Un diaporama fut projeté, à l'issue de sa sympathique intervention parlée, regroupant ses diapos préférées, du Zaïre, où il fut chargé, par le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris d'une mission d'entomologie, au Brésil en passant par d'autres pays africains. Les spectateurs présents dans la salle Spondylia eurent encore la possibilité de découvrir Tahiti, où il recommande chaudement à tout le monde d'aller "Les gens sont si gentils, les fleurs sont si belles..."
A 85 ans, il avoue encore avoir "des projets". Comme celui de regrouper ses films pour en faire des cassettes vidéo ou des DVD. Il prépare aussi un livre sur les colliers et couronnes de fleurs à Tahiti et les exemples de bouquets, fournis lors de la projection, sont tout à fait prometteurs. Il envisage enfin, d'organiser sur la Seine, à Paris, en plein mois d'août, un concours de pirogues tahitiennes, avec la présence des Grands Ballets de danse de Tahiti... "Brigitte Vanizette, ministre du tourisme à Tahiti, est enthousiasmée par le projet. Je suis sûr que cela va aboutir." Son énergie semble inépuisable. Nul doute qu'un jour, le territoire d'outre-Mer sera lui aussi un invité de marque du festival.

Texte: Martine CARRET
Photo: Yann SAINT-YVES