Discrètement champion du monde
Loin du star-system et des champions ultra-médiatisés, Loïc Leferme
trace son sillage vers de nouveaux records. Il a profité de son passage à Antibes
pour faire partager sa passion.
« J’étais loin de la mer, et je n’aurais peut-être jamais été apnéiste si ces gars-là ne m’avaient pas entraîné dans cette discipline ! Moi j’étais vraiment tourné vers la montagne et l’escalade. » Loïc Leferme, tout sourire, montre du doigt « ces gars-là », ses amis Olivier Heuleu (responsable de l’organisation générale en surface) et Claude Chapuis. Ils pratiquent l’apnée depuis longtemps, et entraînent leur jeune compère dans des apnées détendues mais sérieuses. Se rappelant de cette époque pas si lointaine, Claude Chapuis, l’actuel directeur du développement technique de l’équipe de France, explique : « Il a vite montré un potentiel impressionnant ! ». Dans les années 1989-90, Claude Chapuis avait fait tomber un record d’apnée statique avec le temps très honorable de cinq minutes et vingt cinq secondes, juste pour situer l’homme… Il résume un peu l’histoire des compétitions d’apnée : « Il existait déjà des compétitions, mais les règles n’étaient pas les mêmes pour tout le monde, puisque chacun faisait son épreuve dans son coin ! Nous avons voulu homogénéiser tout cela, et faire concourir les plongeurs dans des conditions similaires, donc avant tout, au même endroit » |
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![]() Loïc et une partie de l’équipe : Olivier Heuleu, Delphine Marleux, Loïc Leferme , Claude Chapuis. |
La France, lors des épreuves des cinq dernières années, s’est retrouvée entre la deuxième et la première place, avec pour voisins de podium à la première ou seconde marche, les Italiens : 1996, Italie 1ère, France 2ème. 1998 et 1999, idem…2000, changement. Ibiza en 2001 voit les Italiens reprendre la tête, de quelques fractions de point. Pour éviter les accidents, il vaut mieux faire des compétitions par équipes: suivant un astucieux système de comptage des points, chaque membre a plus intérêt à produire une performance constante que de prendre le moindre risque en allant plus loin dans l’exploit, ce qui pourrait tout simplement disqualifier l’équipe entière. Loïc Leferme revient sur sa transition de la montagne à la mer : « Dans les deux cas, il s’agit d’une aventure collective, d’avancement dans la connaissance de soi-même et du milieu naturel. L’esprit et la symbolique de l’apnée se retrouvent dans la montagne ». Mais aux profondeurs que ces apnéistes côtoient, que ressent-on ? |
« Les sensations sont intenses, et l’apesanteur est une chose magique. Nous sommes en accord avec le milieu, même si la pression se fait sentir ». Cette pression atteint près de 17 bars, soit près de dix-sept fois plus que la pression atmosphérique standard. Cela compresse les poumons jusqu'à les réduire à la taille d’une orange ! La sensation est terrible, pourtant Loïc nous en parle très sereinement : « L’écrasement se résume à une information du corps. Il faut l’accepter, et faire avec. Après, c’est une question d’habitude. »
Votre plus beau souvenir ? « Une raie manta de trois ou quatre mètres d’envergure, dont je me suis approché doucement, par en-dessus, en nageant à la même vitesse qu’elle. Après quelques secondes, je me suis posé sur elle et j’ai mis les mains sur le devant de ses ailes. Elle a réagi quelques secondes plus tard, par un brusque virage. A ce moment précis, j’ai vraiment senti sa masse et sa puissance. »
La disparition d’Audrey Mestre Ferreras en octobre 2002 ? « C’est un grand malheur, qui reste explicable dans ses grandes lignes. C’est l’histoire d’une compétition qui a pris le dessus sur tout le reste. Si la pression humaine passe avant la recherche du contact avec l’élément, cela devient dangereux. »
Yann SAINT-YVES
Centre International de Plongée en Apnée
50 bd Franck Pilatte
06300 Nice
www.cipapnea.com