20000 heures de frissons

Un spectacle multimédia intitulé "20000 heures sous les Mers" nous a permis de découvrir hors concours des clichés exceptionnels.

"Daniel Mercier a compris depuis longtemps l'importance du partage de l'expérience de chacun. C'est ce qui permet de construire l'Humanité et c'est comme cela que nous grandissons." François Sarano, docteur en océanographie, ouvre par ce discours une soirée intitulée "20000 heures sous les Mers", organisée durant le Festival, et qui est en fait constituée d'un muti-images classé hors concours.

A 47 ans, François Sarrano possède une carte de visite à faire pâlir d'envie tous les amoureux de la Grand Bleue: plongeur professionnel, directeur de recherche du programme Deep Ocean Odyssey, chef d'expédition et ancien conseiller scientifique du Commandant Cousteau, il a participé durant quatorze ans à plus d'une vingtaine d'expéditions à bord de la Calypso. Avec le photographe et réalisateur Vincent Ohl, il a créé Longitude 181, une société spécialisée dans la réalisation de reportages photographiques et de films documentaires. Il donne aussi des conférences et participe à la préparation d'expéditions scientifiques.

 

Dieu de l'Eau

Ce samedi 3 novembre 2001, la grande salle de projection du Festival est comble. Beaucoup de spectateurs vont devoir rester dehors, par mesure de sécurité. La première partie, intitulée "L'océanaute", raconte l'histoire de la conquête des océans, avec Albert Falco, chef plongeur et capitaine de la Calypso. Quarante ans aux côtés du Commandant Cousteau... Qui dit mieux ?

Le 26 septembre 1962, il remonte sur Terre, après avoir vécu dix jours sous l'eau. Sa légende naît. Cousteau le surnomme "Le Dieu de l'Eau ". Après le récit de ses exploits, la caméra s'attarde sur les timides cachalots, le requin blanc, la raie manta et ses cinq mètres d'envergure... ces animaux dont personne n'imaginait l'existence avant que le scaphandre autonome ne soit créé. Une baleine aide son petit à monter à la surface pour le faire respirer : "ce jour-là, mon regard a changé", précise Falco. "La mer n'est pas inépuisable. La vie se concentre près des côtes." Alors, aux images de vie, de beauté et de splendeur, succèdent des images de mort : la marée noire, ce pétrole qui tue tout organisme et le cyanure que certains utilisent pour débusquer le poisson.

"La mer a bien changé, explique Falco sous les applaudissements d'une salle qui lui offre une "standing ovation". "Quand j'avais une dizaine d'années, j'ai rencontré Georges Beuchat, qui m'a ouvert les yeux sous la mer. Elle était riche, bleue, pas sale. Marseille était un Paradis sous-marin. Récemment, je suis retourné sur l'île de Riou. Les insecticides et les pesticides ont eu des actions catastrophiques. J'ai vu des algues littéralement pétrifiées. Tant que je pourrais donner des coups de palmes, je défendrais cette mer que nous aimons passionnément."

"On n'a plus le droit de se passer d'un engagement, renchérit Sarano. On ne peut plus témoigner de voir des jolies choses sans passer les problèmes au crible. Au Cap vert il y a peu, j'ai voulu aller filmer les requins tigres.
Je n'en ai vu aucun. Par contre, sur les marchés, j'ai trouvé des dents, des mâchoires... Nous avons tous une responsabilité dans cette évolution."

Martine CARRET

"Le territoire des ombres", seconde partie de "20 000 heures sous les mers", est consacrée aux archéologues sous-marins, qui fouillent le limon, les algues et le sable et découvrent le "Lima", coulé au large de Marseille et dont on a extrait 110 corps. Il y a aussi les îles Truck, dans l'archipel des Marshall (Pacifique), où furent bombardés deux jours durant, 30 navires de la flotte japonaise, ce qui causa la mort de 4000 personnes.
Des îles de la Tortue, on remonte aussi des trésors engloutis : vases, or...Comment ne pas vouloir préserver notre passé, comme notre avenir ?