Morses au soleil
" Je savais que mon film avait une chance d'avoir un prix, mais je ne me doutais pas que j'obtiendrai l'Or. Une vraie surprise ! " Adam Ravetch est reparti d'Antibes avec une Palme d'Or qui vaut à son sens toutes celles décernées aux vedettes hyper médiatisées de Cannes. Le Canadien a passé trois ans dans le Grand Nord canadien à peaufiner son sujet. Trois ans à guetter des séquences magiques, inédites.
Outre celles que nous avions sélectionnées dans l'article " Monsieur Ours attaque ", son film, intitulé " Toothed Titans ", regorge de scènes auxquelles on ne regrette pas de ne pas avoir assisté " pour de vrai ". C'est par exemple la séquence où un ours polaire, magnifique et somptueux spécimen aux longs poils blancs, vient rôder autour de tout aussi superbes bélougas blancs piégés dans un puits de glace. La banquise a bougé et ils sont prisonniers, loin de leur groupe. L'un d'entre eux ne réchappera pas à la brutale attaque sous-marine et ce sont des mouettes qui viendront terminer le festin et butiner chair et entrailles. L'ours, lui, se roulera dans la neige de contentement.
Pak, un Inuit, chasseur de morses depuis la nuit des temps, guette de son côté un morse qui lui permettra de faire vivre son village. Les quotas sont fixés à quatre bêtes par an et par chasseur. Il tire un animal qu'il a approché pas à pas, tâtant la glace avec un pic pour vérifier qu'elle ne s'effondrerait pas. La carabine fait mouche et le bruit attire ses compagnons. Là aussi, c'est la fête lorsque la nourriture est conquise de haute lutte. Et nulle association dite " écologique " ne pourra leur en vouloir. Pour ces hommes perdus dans des déserts arctiques, vivre du produit de la chasse est une nécessité.
Alors oui, bien sûr Adam Ravetch et son équipe se sont fait peur. Des caméras ont été brisées dans l'opération par des morses d'une tonne un peu trop inquisiteurs. Trois ans de tournage, de peurs et d'angoisse, de froid et d'usure. Mais le résultat est à la hauteur, merveilleusement bien conté, malgré des scènes qui nous paraissent parfois cruelles.
Martine CARRET