Les poissons se cachent pour mourir

Les images se suivent sans se ressembler. Très belles et très intenses au départ, elles montrent des marlins rayés de trois mètres de long chassant dans un banc de sardines. Les plans très rapprochés, très bien filmés, posent la question de l'endroit où s'est trouvé le caméraman durant cette chasse furieuse. Le spectateur est à la fois pourchassé, à la fois chasseur. Le marlin tourbillonne et fonce, suivi par un comparse. Affolées, les sardines tentent de s'enfuir, mais les prédateurs sont les plus forts et après leur passage, seules subsistent quelques écailles qui virevoltent dans le courant, brindilles argentées scintillant dans la lumière des rayons du soleil. Elles glissent vers les abysses.

Puis c'est au tour de trois raies manta de venir se nourrir, bouches ouvertes, filtrant le plancton et les poissons minuscules dans leurs fanons. Là, des thons albacore vaquent à leur occupation favorite : trouver de la nourriture. Ici, une groseille de mer file vers les profondeurs. Des dauphins tachetés agressent un banc de maquereaux qui tentent de s'échapper. En vain. Attiré par le bruit, un marlin rayé, le poisson le plus rapide de l'océan, s'invite au festin, suivi par un requin peau bleu. Deux poissons-lune se font déparasiter. Des filets disposés en plein océan deviennent des refuges pour les poissons et les larves. Chaque élément qui flotte à la surface, chaque feuille est colonisée aussitôt.

Des carangues patrouillent à la surface de l'eau, prêtes à sauter sur la première anchois qui aura le malheur de s'éloigner de son groupe. Des oiseaux plongent à cinq ou six mètres pour dévorer des maquereaux que se disputent les dauphins. On ne sait pas où l'on est, sur quelle partie du Globe, mais qu'importe après tout. Les séquences de la mer et les comportements des animaux sont partout identiques.


Images époustouflantes où des oiseaux croisent des poissons!

Ce sont ces instants de vie et de mort, cette chaîne alimentaire permanente qui ont été filmés par la BBC et récompensés de la Palme d'Argent. Les images sont splendides, souvent inédites et merveilleusement bien filmées, mais les liaisons entre les séquences sont alambiquées. On déplore surtout le manque de scénario qui aurait permis à ce film d'atteindre une réelle perfection.

Martine CARRET