La légende de Falco

" J'ai eu la chance de commencer la grande aventure avec des amis extraordinaires. Conscient de ma fragilité physique, j'avais besoin, auprès de moi, d'un enthousiaste plus robuste que moi, capable de partager mes rêves et de m'aider à les réaliser. Le candidat devait être sensible à la moindre caresse de l'eau et du vent, capable de résister aux tempêtes ou de ruser avec elles, attentif aux comportements d'animaux inconnus, ouvert aux initiatives les plus folles, prêt à les servir avec détermination et puissance. Ce candidat en somme, c'était le Dieu de l'Eau. C'était Falco. "

Avec un tel hommage, signé Jacques-Yves Cousteau, Albert Falco pourrait parader, être fier, et bomber le torse. Il n'en est rien. Celui qui a fait bondir la plongée autonome hors de l'anonymat, avec la complicité du commandant Cousteau est un homme du monde du silence. A tous points de vue. J'ai croisé cet homme dans les allées d'Antibes, discret, offrant son sourire modeste à tous ceux qu'il croisait. "Chef de plongée" de la Calypso, "Bébert" comme le surnommait l'équipage, a servi de référence pendant bien longtemps à tous les plongeurs sous-marins. Il se caractérise par l'éclair qui pétille toujours au fond de son regard, comme s'il se préparait à nous offrir un nouvel exploit.

Je suis en face d'un personnage incontournable, figure marquante de la plongée. Au cinéma de mon quartier, la Calypso faisait parfois escale, apportant une fenêtre pleine de bleu qui perçait la grisaille urbaine. La couleur n'avait pas encore pris possession du petit écran ! L'équipage était composé de personnages comme sortis de romans d'aventures de Verne, Monfreid ou Hemingway, avec chacun leur spécialité, leur trait de caractère. Pas des "forts en gueule", mais des personnages forts et attachants. Falco est de ceux-là. Tous ces amoureux de la mer en ont remonté des milliers d'histoires et de légendes, de trésors historiques, des découvertes sur la flore et la faune sous-marines, des photos et des films. Ah, l'odyssée de la Calypso...

Artisanat

Il nous parlerait longtemps de la fragilité des écosystèmes océaniques, de la pollution ou de la raréfaction des espèces dans cette Méditerranée qui a abrité ses premières apnées. "A deux pas de Marseille, il y avait du poisson à profusion, les algues étaient variées. Aujourd'hui, il n'y a presque plus rien". En même temps que je lui demande de prendre la pose auprès de François Sarano, je réalise peu à peu. Je peine à me concentrer sur le cadrage, et mes mains tremblent un peu d'excitation. J'aimerais qu'il me raconte quelque anecdote au parfum de sel, lui demander des détails sur certaines de ses incroyables plongées. Il faut savoir que si aujourd'hui il est commun de descendre à 60 mètres de fond, en autonome, ces gars-là, eux, ouvraient une voie que personne avant n'avait osé emprunter ! Et avec du matériel ressemblant plus à de l'artisanat qu'à des recycleurs de plongée "Tek". La seule chose que je parviendrai à lui dire sera "merci". Merci d'avoir donné tant d'images et de rêves, merci d'avoir réveillé ou transmis cet amour de la mer à tant de personnes, tous ages confondus ! A plus de 70 printemps, il nous fait encore partager sa vision des océans, son amour immodéré du monde aquatique. Sa nouvelle bataille n'est plus de faire connaître, mais de faire respecter. Et il invite tous ceux qui partagent cette passion à se joindre à lui. Avec le temps, Falco s'est assagi. Aujourd'hui, il prône la défense de cette mer si souvent blessée par des hommes qui la croient invincible, immortelle. Comme la légende de Falco...

Yann SAINT-YVES